h

Complément à la page 300 du chapitre 33

 

 

Opinion d'une internaute

J'ai lu dans Internet l’opinion d'un participant à un groupe de discussion qui m'a semblé intéressante : « Moi, je loue ce qui se déprécie, mais j'achète ce qui s'apprécie. J'ai donc décidé de toujours louer mes voitures, mais d'être propriétaire de mon logement. » En effet, pourquoi acheter ce qui se déprécie? 

Mathilde, étudiante

 

Ce raisonnement a l’avantage d’être percutant, mais il n’est pas pour autant justifié. Si cette personne veut réduire ses coûts, il est fort possible qu’elle fasse fausse route.

  • Pour appliquer la même logique partout, cet internaute devrait louer tous les biens qu’il utilise, parce que tout se déprécie en ce monde, à l'exception des terrains (et encore là, c’est discutable).
     

  • Si l’on suit ce raisonnement, la location serait un moyen magique pour éviter d'assumer la dépréciation. Or, si un bien se déprécie, il faut bien que quelqu'un en fasse les frais. Est-il bien réaliste de penser que les sociétés de location subissent des pertes financières année après année? Que l'on soit propriétaire ou locataire, il faut assumer la dépréciation des biens que l'on consomme. Au chapitre 16, nous avons vu que la dépréciation représente de loin la part la plus importante des mensualités des voitures louées.

  • Les maisons aussi se déprécient! Tout évaluateur agréé le confirmera. Une maison qui a quelques années vaut toujours moins qu’une maison neuve (Ces notions sont expliquées à la pages 136 du livre 1 de cette série Un chez-moi à mon coût). Même si la dépréciation est lente, elle est quand même là! Conclusion : pour être fidèle à sa logique, notre internaute devrait aussi louer sa maison. Si une maison se déprécie, pourquoi alors sa valeur augmente-t-elle avec les années? Si on élimine l'effet de l'inflation, la plus-value réelle restante est liée au terrain et non au bâtiment. On pourra toutefois argumenter que cela nous est égal puisqu’on revend le tout : la maison et le terrain. On n’est donc pas convaincu! 
     

  • Un argument intermédiaire : les moins-values sont possibles aussi dans le cas des propriétés considérées dans leur ensemble (terrain et bâtiment).
     

  • Pour les maisons le véritable argument est le suivant : même si la valeur de la maison augmente dans son ensemble au fil des ans, cette option n’est pas nécessairement la moins coûteuse pour autant. L'augmentation de valeur n'est qu'un aspect parmi d'autres. Il faut considérer aussi les frais d'acquisition, les taxes, les assurances, l’entretien, les réparations majeures, les rénovations, les intérêts et le coût de renonciation. Sans compter les malchances. L'internaute croit que l’augmentation de valeur est synonyme de coût plus bas. Ce n'est pas forcément le cas. 

  • Au chapitre 1, nous avons vu un principe économique fondamental : « Plus on consomme de biens matériels, plus les coûts augmentent. » Ce n'est pas la location ou l’achat en soi qui fera augmenter les coûts : les coûts sont proportionnels au luxe, à l’intimité, au plaisir dont nous profitons. Il est plus coûteux de louer une Volvo que d'acheter une Mazda. La location ne réduit en rien le coût réel des voitures.

La règle magique que propose cet internaute n’est pas valable ni pour les maisons ni pour les voitures. Elle ne tient pas compte des bons critères de décision.